Valeurs

 

 

Parler de valeurs à celui qui est intéressé par la franc-maçonnerie en général et par le Régime Ecossais Rectifié en particulier est chose peu aisée, voire délicate. En effet, la franc-maçonnerie rectifiée n’a pas vocation première à enseigner ou transmettre des valeurs. Elle n’est pas une école de savoir visant à faire de ses membres des spécialistes de l’art de construire ou des érudits férus de philosophie et d’histoire. Non, son but est simplement de mettre à disposition de l’homme de bonne volonté des outils, un lieu, un rituel et une fraternité afin de lui permettre de progresser dans sa propre perfection et de trouver ce qu’il est venu chercher en loge : la Lumière.

Les outils d’abord. A l’évidence, ce sont des outils de constructeurs évoquant directement ceux utilisés par les maçons opératifs, les maçons de métier. Aujourd’hui, ils sont considérés comme symboles d’une construction intérieure. L’équerre et le compas en sont deux exemples majeurs, tout comme la truelle.

 

Le lieu, ensuite, c’est la loge. Le franc-maçon, en entrant en Loge, quitte le monde profane, s’isole des tumultes de la vie, oublie son statut social, met de côté ses contraintes privées et professionnelles, bref crée autour et en lui un espace-temps, propice au travail qu’il entend mener.

 

Le rituel, quant à lui, apporte la rigueur nécessaire à un travail utile. C’est, en quelque sorte, le plan qui va servir à la bonne marche des travaux en loge. Par les symboles, les allégories et les récits qu’il propose, il invite le maçon à une réflexion personnelle, il le stimule dans sa propre recherche, mais sans jamais le contraindre à quoi que ce soit.

 

La fraternité, enfin, est l’élément vivifiant de la maçonnerie. Entre eux, les maçons se reconnaissent comme Frères, matérialisant ainsi cette force si unique qui unit dans un même espace, au même moment, des hommes épris d’un même idéal, se reconnaissants égaux, prêts à travailler.

Ainsi préparé et entouré, le franc-maçon va entamer ce long chemin de recherche personnelle, de découverte et de mise à jour de ce qu’il a de plus profond en lui-même ; il va, au gré de sa progression, au gré des grades qu’il va atteindre, faire connaissance avec lui-même et s’apercevoir, s’il est persévérant, qu’il peut être capable, avec ses seules ressources, de faire de belles choses. Il va comprendre que c’est en lui que se trouvent des moyens insoupçonnés qui peuvent lui permettre d’agir, en Loge comme dans le monde profane, en vue de construire, non plus des cathédrales comme les maçons opératifs de jadis, mais un monde meilleur.

Ici peut-être peut-on parler de valeurs si l’on fait référence à cette espérance d’un monde meilleur auquel chaque homme aspire. Ces valeurs sont celles qui fondent notre civilisation, même si, hélas trop souvent, elles sont bafouées. Le franc-maçon se reconnaît ainsi dans la Loi d’amour que les Ecritures, libérées des dogmes, enseignent ; il pratique la bienfaisance, selon ses possibilités, il aide son prochain de son mieux. Il affirme une tolérance vis-à-vis de ses semblables, il croit en une justice des hommes qui soit équitable.

Chaque maçon, dès son entrée dans l’ordre, taille symboliquement une pierre, sa pierre, en vue de la rendre parfaitement cubique. Lorsqu’elle aura été dégrossie et polie pour atteindre cette perfection, elle s’insérera dans l’édifice afin de former, avec les autres pierres qui y sont déjà et celles qui viendront, ce monde meilleur que nous espérons.

Un dernier mot sur cette légende qui veut que les francs-maçons dirigent en sous-main le monde politique et celui des affaires. Si, en Suisse, les francs-maçons ont été très présents dans la vie publique dans le passé et avec de belles réalisations, ils ne le sont quasiment plus en tant que tels aujourd’hui. Certains le regrettent, d’autres s’en réjouissent. Certains souhaiteraient les voir à nouveau se profiler politiquement, défendant de grandes causes, arborer fièrement des convictions. D’autres, au contraire - non pas qu’ils n’aient plus d’intérêt à la chose publique - sont d’avis que le temps n’est pas à des démonstrations collectives, mais bien plus à une approche individuelle, personnelle pour ne pas dire intimiste. Chacun jugera.

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